vendredi 24 février 2017

Pourquoi les apiculteurs arrêtent-ils leur hobby?

deux apiculteurs visitent une ruche
Quand on parle d'apiculture, on examine souvent les questions techniques et les côtés positifs de ce hobby. Au fil des années, j'ai cependant constaté que beaucoup d'apiculteurs abandonnaient après quelques mois ou dès la deuxième année. Dans cet article, j'essaye d'identifier les raisons des abandons et dans la mesure du possible de trouver des pistes pour réduire ces déconvenues.


Apprendre la technique


L'apiculture est un hobby qui demande beaucoup de connaissances.

Tout d'abord des connaissances théoriques. Celles-ci peuvent sans doute s'apprendre dans un livre mais à mon avis, rien ne vaut un bon cours donné par des des apiculteurs chevronnés et pédagogues. Il est essentiel que ce cours soit structuré pour apprendre pas à pas et faire des liens avec les matières vues précédemment.

Des connaissances pratiques sont aussi indispensables. Normalement, dans un cours dispensé dans un rucher école, les élèves sont encadrés par des apiculteurs. Il faut au moins une saison avec accompagnement par des apiculteurs qualifiés pour apprendre les bases de l'apiculture depuis la première visite de printemps jusqu'au nourrissement de fin de saison et le traitement de contrôle contre le varroa.

Une alternative est l'apprentissage avec un apiculteur appelé aussi le compagnonnage. C'est une formation sur le tas. Son grand défaut est d'une part le manque de connaissance théorique et aussi le fait de n'apprendre qu'une seule façon de conduire des ruches, celle de votre "instructeur".

Un apiculteur qui veut apprendre par lui-même est très probablement voué à l'échec.

La solution


La solution pour éviter cet écueil est assez simple. Suivre une bonne formation avec de la pratique. L'idéal est une formation qui comprend une ruche à placer au rucher école et sur laquelle vous interviendrez au départ sous la supervision d'un apiculteur et ensuite avec une autonomie de plus en plus grande mais en ayant toujours la possibilité de demander de l'aide.

Lisez plus sur ce sujet dans comment bien débuter en apiculture?

Craintes des piqûres


Cet aspect est souvent minimisé au départ. Les apiculteurs oublient sans doute au fil du temps leurs premières piqûres qui sont aussi les plus douloureuses.

Les solutions


Abeille pique un doigtLa solution est certainement d'utiliser une bonne protection. Une vareuse de couleur claire en gros coton et munie d'un chapeau et d'un voile. Bien veiller à fermer les protections.

Il existe aussi des combinaisons intégrales mais généralement, un bon jean passe dans des bottes fait l'affaire. Ne pas oublier les gants.

Utiliser un enfumoir lors de chaque visite.

Et puis les recommandations d'usage:
  • éviter les parfums
  • ne pas faire de gestes brusques ni donner de coups dans les ruches
  • ne pas visiter par temps chauds et orageux
  • visiter quand la miellée est active de sorte que les butineuses soient de sortie



Difficultés avec le voisinage


De façon générale, l'apiculture génère un capital sympathie assez élevé. Il reste malheureusement des gens réticents à la nature et qui sont opposés à la présence de ruches dans leur environnement.

La première chose à faire est d'en parler avec ses voisins avant de commencer.  Il vaut mieux prévenir que guérir. Expliquez le nombre de ruches que vous aurez, votre choix d'une race douce, l'orientation, les distances. Vous verrez c'est rassurant et vous parviendrez souvent à convaincre.

Les solutions

Veillez à respecter les règles pour assurer un bon voisinage.
  • Distance d'au moins dix mètres de toute habitation ou chemin public
  • Moins si vous placez des obstacles (haies, cloisons) obligeant les abeilles à s'élever
  • Renseignez-vous à la mairie ou à la commune sur les règles de détention d'abeilles dans votre région. Il existe des lotissements où c'est purement interdit.
En plus de ces règles, utilisez votre bon sens:
  • ne pas orienter les ruches vers vos voisins ou un lieu de passage
  • prévoir un point d'eau pour éviter que la piscine du voisin ne le devienne
  • éliminer ou éloigner les ruches agressives
  • donner du miel de votre récolte à vos voisins immédiats

Pertes des colonies


Les pertes de colonies augmentent au fil des années. Il s'agit d'un facteur difficilement contrôlables surtout dans des régions de grandes cultures.

Cet élément est souvent  l'origine d'un grand découragement chez les apiculteurs concernés.

Les causes sont multiples et souvent s'additionnent:
  • pression du varroa qui entraîne des infections
  • manque de nourriture en fin d'hiver
  • insuffisance d'abeilles d'hiver 
  • pesticides ramenés à la ruche dans du pollen contaminé
  • désorientation des abeilles dus aux neuro-pesticides
  • .....

Les solutions


Pour les causes inhérentes à l'apiculteur, la formation et l'encadrement d'un rucher école doit pouvoir résoudre les problèmes rencontrés. On n'insistera jamais assez sur l'importance des traitements contre le varroa dès le mois d'août et en décembre. Le nourrissement est aussi une technique insuffisamment maîtrisée par les jeunes apiculteurs.

Faire des nucléis durant la saison est une solution pour pouvoir compenser les pertes hivernales de ruches. Il existe aussi une grande solidarité entre apiculteurs. Faites partie d'un groupement. Si vous l'aidez, il vous aidera.

Trop de travail et manque de temps

 Combien de temps prend l'apiculture? Il est difficile de répondre précisément à cette question.

Si vous avez un nombre limité de ruches, disons deux ou trois, une heure par semaine est suffisant durant la saison de mars à juillet.

Si vous augmentez le nombre de ruches, le temps consacré va aller en augmentant.

Je crois qu'une heure par semaine pour un hobby passionnant n'est pas exagéré.

Maintenant, il faut savoir que les abeilles et les conditions météo n'attendent pas. Il ne fait pas se dire, cette semaine je ne vais pas visiter mes ruches, je consacrerai deux heures la semaine suivante. En mai, cela ne pardonne pas. Ce qui compte en apiculture c'est la régularité. En saison d'essaimage, il ne peut y avoir plus de dix jours entre deux visites.

Et les vacances? Pour les vacances, il y a des solutions. Je vous invite à les découvrir dans l'article L'apiculteur peut-il partir en vacances?

Essaimage

essaim dans un arbreL'essaimage, au début est souvent décourageant. Il faut pourtant se rappeler que c'est un comportement naturel des abeilles. Sans essaimage, il n'y aurait pas eu d'augmentation du nombre d'abeilles. En effet , la reproduction au sein de la colonie ne vise qu'à adapter le nombre d'ouvrières aux conditions de miellée et au besoin de la colonie.



Donc, retenons bien que l'essaimage est indispensable.

Cependant, avec la proximité des habitations, l'essaimage est souvent perçu comme une nuisance. A tort à mon avis. C'est vrai que dans des quartiers avec des jardins limités en surface, il est parfois embêtant de devoir courir chez ses voisins pour récupérer un essaim.

L'essaimage est aussi un frein à la production de miel et notre volonté de récolter que l'on pourrait sans doute remettre en question pousse les apiculteurs à tenter de contrecarrer l'essaimage.

Les solutions:


Elles sont de deux types :
  • A court-terme
Prélever des abeilles et retirer les cellules royales sont les lus courantes
  • A long-terme
 Il s'agit ici de choisir une race peu essaimeuse; de sélectionner des lignées qui n'essaiment pas, de faire travailler les abeilles, de ventiler la ruche, ...




Ces techniques sont décrites en détail dans la prévention de l'essaimage ainsi que dans l'article sur le prélèvement d'un nucléi pour éviter l'essaimage.



Investissement


Au début, l'investissement en apiculture peut être assez conséquent mais reste raisonnable.

Le matériel minimum est une ruche et une colonie soit environ 250 €. A cela il faut ajouter 80€ pour une vareuse de protection, le lève cadre, l'enfumoir et une paire de gants.

A cela il faudra ajouter une deuxième ruche la seconde année et puis du matériel d'extraction. C'est plus onéreux mais si vous extrayez cela signifie que vous allez avoir des revenus. Au début, vous trouverez la possibilité d'extraire votre miel auprès d'un collègue.


Les solutions


S'affilier à un groupement apicole. Cela vous permettra très probablement de recevoir votre première colonie et de bénéficier de prêt de matériel pour l'extraction. Ceci permet de répartir l'investissement sur plusieurs années.

Une fois votre production de miel assurée, vous aurez des revenus. Après trois ans, il est possible d'équilibrer les revenus et les dépenses et même de faire un petit bénéfice. Vendre son miel est une activité agréable.



Allergie

Il s'agit d'une cause plus fréquente que l'on ne croit. Tout se passe bien au début et parfois après un an ou deux survient l'allergie avec un choc anaphylactique.

Le choc anaphylactique est grave. En fait, il s'agit d'un gonflement des muqueuses et d'un élargissement des vaisseaux sanguins. Il en découle une baisse de la pression artérielle et une sensation d'étouffement qui peut aller jusqu'à la syncope. Une seule solution : appeler un médecin ou aller aux urgences pour revoir une piqûre d'adrénaline afin de remonter la tension artérielle.

Le choc anaphylactique ne concerne pas toujours l'apiculteur mais touche souvent son entourage.

Personnellement, j'ai connu le cas : ma femme a déclaré une allergie après quatre ans d'apiculture. J'ai immédiatement pensé arrêter l'apiculture car le rucher était dans mon jardin et que toute récidive de piqûre pouvait être mortelle. J'ai envoyé un mail à des amis apiculteurs pour me débarrasser de mes abeilles. J'ai rencontré une grande solidarité et été accueilli dans un rucher près de chez moi.

Mon épouse a suivi une cure de désensibilisation. C'est assez long. Chaque mois pendant cinq années, elle a reçu des doses de venin de plus en plus fortes pour qu'elle ne soit plus allergique. Aujourd'hui les ruches sont de nouveau dans mon jardin.

Les solutions


D'une part, suivre une désensibilisation et ensuite éloigner le rucher.

Manque de place


Parfois les candidats apiculteurs n'ont pas de place pour accueillir un rucher.

Heureusement, beaucoup de personnes amoureuses de la nature et qui ne désirent pas se consacrer à l'apiculture sont prêtes à accueillir quelques ruches dans leur propriété.

En général, les groupements apicoles connaissent les gens désireux d'accueillir un apiculteur. Soyez simplement attentif à la possibilité d'accéder au rucher facilement en voiture. Les ruches et les hausses pleines sont lourdes.

Trop dur physiquement


La difficulté de pratiquer l'apiculture se marque parfois avec le temps en raison du poids des ruches. C'est aussi parfois un problème pour les apicultrices.

La solution


La seule solution est de changer de type de ruche et de choisir une ruche plus légère: la Warré par exemple qui nécessite moins de force physique.

Et vous qu'est-ce qui pourrait vous arrêter?

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2 commentaires:

  1. Un grand merci!!!!Vous venez de résoudre un de mes tracas, je vous explique.
    Dans 5 ans je suis a la retraite, mais 2 ans avant je vais acheté un grand terrain dans le Tarn ou le Perigord( terrain moins cher dans le second) pour faire un jardin en permaculture et devenir autonome . Je souhaitais avoir des abeilles et lu beaucoup sur le sujet, pas évident...la solution la plus simple est de trouvé un apiculteur de ma région et lui proposer de poser plusieurs ruche sur mon terrain, seront également bienvenus les abeilles sauvages noire de la régions...et voilà grace a vous, vous allez faire des heureux , moi, mon jardin potager et l'apiculteur.Encore un grand merci!

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    1. Les détours d'Internet sont parfois surprenants mais tant mieux si j'ai pu vous venir en aide pour trouver une solution à votre problème.
      Beaucoup de personnes souhaitent en effet bénéficier de la pollinisation des abeilles sans devenir apiculteur. Elles accueillent quelques ruches dans leur jardin sans avoir la charge de les visiter. Les apiculteurs qui installent ces ruches habitent généralement un endroit où il leur difficile d'installer un rucher car ils habitent en ville ou disposent d'un jardin trop petit. La solution convient aussi à un apiculteur qui souhaite multiplier son rucher.
      En vous souhaitant beaucoup de succes pour vos projets de retraite.

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